Un bon amarrage ne se voit pas : il maintient le bateau immobile, sans à-coups, par tous les temps. Un mauvais amarrage, lui, finit par s'entendre.
L'amarrage est l'une des manœuvres les plus banales de la plaisance, et pourtant l'une des plus négligées. Combien de bateaux mal tenus tapent le quai au premier coup de vent, ou usent leurs taquets sur des aussières mal réparties ? Bien s'amarrer, c'est comprendre le rôle de chaque bout et anticiper le vent qui va se lever.
Les aussières : avant, arrière, gardes et traversiers
Un amarrage complet ne se résume pas à deux bouts. Chaque aussière a une fonction précise, et c'est leur combinaison qui immobilise réellement le bateau. On distingue :
- L'amarre avant : elle retient l'avant du bateau et l'empêche de reculer.
- L'amarre arrière : symétrique, elle retient l'arrière et empêche le bateau d'avancer.
- Les gardes (montante et descendante) : elles travaillent dans la longueur et empêchent le bateau de ripper le long du quai sous l'effet du vent ou du courant.
- Les traversiers : tendus perpendiculairement, ils plaquent ou écartent le bateau du ponton selon le besoin.
Plus l'aussière travaille sur une grande longueur, mieux elle encaisse les à-coups : des amarres trop courtes se tendent brutalement et fatiguent les taquets. On laisse toujours un peu de souplesse, surtout là où le marnage fait varier le niveau de l'eau.
Régler les pare-battage
Les pare-battage sont la peau du bateau au port : ce sont eux qui encaissent les contacts avec le quai et les voisins. Mal placés, ils ne servent à rien. On les positionne à la hauteur du point de contact réel avec le quai ou le ponton, ni trop haut ni trop bas, et on les répartit le long de la coque aux endroits où elle est la plus large.
Le bon réglage tient compte du marnage : un pare-battage parfaitement placé à marée haute peut se retrouver hors de l'eau ou au-dessus du quai à marée basse. Le choix de la taille compte aussi — un pare-battage sous-dimensionné s'écrase et ne protège plus rien. Notre guide du pare-battage détaille le dimensionnement et le bon nœud pour les frapper.
L'amarrage le long d'un ponton
C'est la configuration la plus simple et la plus confortable. Le bateau vient se ranger parallèlement au ponton, et l'on frappe avant, arrière puis les deux gardes croisées. Les gardes sont ici essentielles : ce sont elles qui empêchent le bateau de glisser le long du ponton quand le vent souffle dans l'axe.
On approche toujours bout au vent ou au courant — celui des deux qui domine — pour garder la maîtrise de la vitesse et pouvoir s'arrêter net. On prépare amarres et pare-battage du bon côté avant la manœuvre, et l'équipage sait qui frappe quoi, dans quel ordre. Une approche calme vaut mieux qu'une arrivée rapide rattrapée à la dernière seconde.
L'amarrage cul-au-quai et l'anticipation du vent
En Méditerranée, l'amarrage « cul-au-quai » domine : le bateau présente son tableau arrière au quai et se retient à l'avant sur une pendille — un cordage relié à un corps-mort au fond — ou sur sa propre ancre. La manœuvre se fait en marche arrière, avant frappé sur la pendille pour empêcher le tableau de venir taper le quai. On garde l'avant bien tendu : c'est la pendille qui tient le bateau écarté du béton.
Dans tous les cas, l'amarrage se pense en fonction du vent annoncé. On ne s'amarre pas pour le temps qu'il fait, mais pour le temps qui vient. Si un coup de vent est prévu, on double les amarres exposées, on protège les bouts du ragage avec des fourreaux, et on vérifie ses nœuds avant la nuit. Quelques minutes de prévoyance évitent bien des dégâts au petit matin.