Un mouillage qui tient, c'est une nuit tranquille. Un mouillage qui dérape, c'est l'incident qui réveille tout l'équipage. La plupart des déboires viennent des mêmes fautes, presque toujours évitables.
Mouiller paraît simple : on laisse tomber l'ancre, on file de la chaîne, on coupe le moteur. En réalité, la tenue d'un bateau dépend d'une chaîne de décisions — longueur de touée, nature du fond, vérification du crochage, anticipation de la marée. Voici les sept erreurs que l'on retrouve le plus souvent au mouillage, et la manière de ne plus les commettre.
Filer trop peu de chaîne
C'est l'erreur reine. Une ancre ne tient pas par son poids mais par l'angle quasi horizontal de traction sur le fond. Si la touée est trop courte, l'effort tire l'ancre vers le haut et la fait déraper. La règle classique consiste à filer entre trois et cinq fois la hauteur d'eau en chaîne, davantage par mauvais temps ou sur fond douteux. Et la hauteur d'eau se calcule à pleine mer attendue, pas au moment où l'on jette l'ancre.
- Tout chaîne : compter au minimum 3 fois la profondeur par temps calme, 5 fois si le vent forcit.
- Chaîne + câblot : allonger la touée, le textile travaillant avec un angle moins favorable.
- Repères : marquer la chaîne tous les 5 ou 10 mètres pour filer la bonne longueur sans deviner.
Mal choisir son fond — et ne pas tester le crochage
Tous les fonds ne se valent pas. Le sable et la vase ferme offrent la meilleure tenue ; la roche, l'herbier de posidonie ou la vase molle pardonnent beaucoup moins. Avant de mouiller, on lit la carte (la nature du fond y est indiquée), on observe la couleur de l'eau et, idéalement, on sonde. Mouiller dans un herbier, c'est risquer une ancre qui laboure sans jamais croisser — sans compter l'atteinte portée à un habitat protégé.
Une fois l'ancre posée et la chaîne filée, il faut tester le crochage : on recule doucement au moteur, en marche arrière modérée, pour mettre la touée en tension. Si le bateau s'arrête net et que la chaîne vibre puis se raidit, l'ancre est crochée. S'il continue de reculer, l'ancre chasse : on relève et on recommence.
Ignorer la marée et l'évitage
Deux phénomènes piègent les équipages distraits. D'abord la marée : un mouillage confortable à mi-marée peut découvrir un haut-fond à basse mer, ou au contraire augmenter la profondeur au point de réduire dangereusement le rapport de touée à pleine mer. On calcule toujours pour les deux extrêmes du cycle.
Ensuite l'évitage. Un bateau au mouillage tourne autour de son ancre au gré du vent et du courant, décrivant un cercle dont le rayon dépend de la longueur filée. Il faut s'assurer que ce cercle ne croise ni un autre bateau, ni un caillou, ni la côte. Et que les voisins évitent comme nous : un voilier sur ancre et un bateau sur chaîne courte ne tournent pas au même rythme.
Sous-dimensionner son ancre et négliger la veille
Beaucoup de bateaux naviguent avec l'ancre d'origine, calculée au plus juste par le chantier. Or une ancre légèrement surdimensionnée ne coûte quasiment rien en confort et change tout en tenue. Mieux vaut une ancre un cran au-dessus des préconisations que l'inverse, surtout pour les mouillages forains exposés.
Enfin, la dernière erreur est humaine : croire qu'un mouillage tient pour toujours. Le vent tourne, le courant s'inverse, le fond fatigue. Par mauvais temps annoncé, on garde une veille, on règle une alarme de mouillage au GPS ou au téléphone, et on prépare le moteur. Pour dimensionner correctement votre matériel et calculer la touée selon la profondeur, notre calculateur de mouillage fait le travail en quelques secondes.