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Le lexique marin : tout le vocabulaire de la navigation

Par La rédaction — Equipements-Bateaux
Mis à jour le 20 juin 2026 · 14 min de lecture
Voilier en navigation, illustration du vocabulaire marin

Bâbord, tribord, près serré, jusant, marque cardinale, force 7… La langue de la mer a ses mots, et ils ne sont pas là pour faire joli : ils sauvent du temps, des manœuvres et parfois des vies.

Monter à bord pour la première fois, c'est un peu débarquer dans un pays étranger. Le skipper lance « choque l'écoute de génois ! », « on est au près bâbord amures », « la cardinale Sud, on la laisse à tribord » — et l'on hoche la tête sans tout comprendre. Pourtant ce vocabulaire est d'une logique implacable : chaque mot décrit une position, un angle, une couleur ou une action sans ambiguïté possible. Ce lexique marin réunit, organisés par grands thèmes et présentés en tableaux, les termes indispensables pour s'orienter à bord, comprendre les allures, exécuter les manœuvres, lire le balisage, anticiper la marée et décoder la météo. De quoi passer de passager muet à équipier qui parle la langue du bord.

S'orienter à bord

Avant tout, un repère absolu : sur un bateau, la gauche et la droite n'existent pas. On dit bâbord et tribord, et ces côtés sont fixes par rapport au navire, quel que soit le sens où l'on regarde. C'est précisément ce qui rend ces mots si utiles : un ordre reste valable même si l'équipier fait face à l'arrière.

TermeDéfinition
BâbordCôté gauche du bateau quand on regarde vers l'avant. Couleur conventionnelle : rouge. Feu de navigation rouge la nuit.
TribordCôté droit du bateau quand on regarde vers l'avant. Couleur conventionnelle : vert. Feu de navigation vert la nuit.
Proue / étraveL'avant du bateau. L'étrave est la pièce de coque qui fend l'eau ; la proue désigne plus largement la partie avant.
Poupe / tableau arrièreL'arrière du bateau. Le tableau arrière est la surface plane (souvent verticale) qui ferme la coque à l'arrière.
Au ventLe côté du bateau (ou la direction) d'où vient le vent. On parle de « bord au vent ».
Sous le ventLe côté opposé à celui d'où vient le vent, là où le vent « s'échappe ». On dit aussi « sous le vent » pour la partie abritée.
Amure (bâbord / tribord)Le côté d'où vient le vent par rapport au bateau. « Bâbord amures » : le vent vient de bâbord, les voiles sont à tribord. C'est l'amure qui détermine la priorité entre voiliers.

Le moyen mnémotechnique le plus connu : « Batterie » ne marche pas, retenez plutôt que BÂBORD contient un accent et que le mot « bâbord » comme « gauche » est plus long — ou, le plus simple, l'astuce des lettres : Bâbord à gauche. Autre repère classique : « tribord » et « droite » ont… le même nombre de lettres n'est pas fiable, alors retenez surtout les couleurs : rouge à bâbord (R comme rouge, à gauche), vert à tribord.

Les allures de voile

L'allure, c'est l'angle du bateau par rapport à la direction du vent. Tout l'art de la voile consiste à régler ses voiles selon l'allure pour avancer efficacement. Un voilier ne peut pas remonter droit dans le vent : il existe une zone interdite, d'environ 45° de part et d'autre du lit du vent, où les voiles faseyent (claquent) et le bateau s'arrête. Pour gagner au vent, on louvoie en zigzag.

AllureAngle au vent (approx.)Description
Vent debout0° à ~45°Zone interdite : le vent vient pile de l'avant, les voiles faseyent, le bateau n'avance pas. On dit « être dans le lit du vent ».
Au près (serré)~45°L'allure la plus proche du vent où le bateau avance. Voiles bordées au maximum. Le près serré « pince » le vent.
Bon plein~50–60°Un près légèrement ouvert, plus confortable et souvent plus rapide que le près serré.
Travers (vent de travers)~90°Le vent vient perpendiculairement au bateau. Allure rapide et équilibrée, voiles à mi-bordées.
Largue~110–120°Le vent vient de l'arrière du travers. Voiles bien ouvertes. Allure souvent la plus rapide et agréable.
Grand largue~135–150°Le vent vient nettement de l'arrière, à environ trois quarts arrière. Voiles très ouvertes.
Vent arrière~180°Le vent vient pile de l'arrière. On peut « tanguer » et il faut surveiller l'empannage. Spi ou voiles en ciseaux.

Pour passer d'un bord à l'autre, deux manœuvres existent selon l'allure : virer de bord (l'avant du bateau passe dans le lit du vent, manœuvre aux allures de près) et empanner (l'arrière passe dans le lit du vent, manœuvre au largue et vent arrière, plus brutale car la bôme traverse vivement).

Astuce mémoire — Pour retenir l'ordre des allures du plus près au plus arrière : près → travers → largue → vent arrière. Plus on « ouvre » l'angle au vent, plus on choque (relâche) les voiles. Au près on borde, au vent arrière on choque à fond.

Les manœuvres

Les ordres de manœuvre forment le langage actif du bord. Les connaître permet de réagir vite et juste quand le skipper donne un ordre, surtout par mer formée.

TermeDéfinition
Virer de bordChanger d'amure en faisant passer l'étrave dans le lit du vent. Le bateau passe de bâbord à tribord amures (ou inversement). On annonce « paré à virer ? » puis « on vire ! ».
Lof pour lofSynonyme d'empannage contrôlé : changer d'amure en passant l'arrière par le lit du vent, le vent venant de l'arrière.
EmpannerChanger d'amure en faisant passer l'arrière du bateau dans le lit du vent. La bôme traverse d'un bord à l'autre : à contrôler impérativement pour éviter l'empannage sauvage.
LoferRapprocher l'étrave du lit du vent (remonter au vent). Le bateau « monte » dans le vent.
AbattreÉloigner l'étrave du lit du vent (descendre sous le vent). Inverse de lofer.
BorderReprendre une écoute pour rapprocher la voile de l'axe du bateau (la « fermer »). On borde au près.
ChoquerRelâcher une écoute pour éloigner la voile de l'axe (l'« ouvrir »). On choque aux allures portantes.
Ariser / prendre un risRéduire la surface de la grand-voile en repliant sa partie basse, par vent fort. On dit « prendre un ris ». L'opération inverse est « larguer un ris ».
Envoyer / affalerEnvoyer = hisser une voile. Affaler = descendre une voile. On envoie la grand-voile, on affale le spi.
ÉtarquerTendre fortement une drisse ou une voile pour la raidir et lui donner sa bonne forme.

Les parties du bateau & le gréement

Connaître le nom des pièces, c'est comprendre les ordres et les réglages. On distingue la coque et ses appendices d'un côté, le gréement (mâture, câblage, voiles, cordages) de l'autre.

TermeDéfinition
CoqueLe corps flottant du bateau, ce qui contient l'air et repousse l'eau.
QuilleAppendice lesté sous la coque qui empêche le bateau de dériver et le maintient droit (contrepoids à la gîte).
SafranLa partie immergée du gouvernail : la « pale » qui dévie l'eau pour faire tourner le bateau.
BarreCe que l'on tient pour diriger : barre franche (levier) ou barre à roue. Reliée au safran.
PontLa surface horizontale qui ferme la coque par le dessus, sur laquelle on circule.
CockpitLe poste de pilotage en creux à l'arrière, d'où l'on barre et règle les voiles.
MâtLe grand espar vertical qui porte les voiles.
BômeL'espar horizontal articulé au pied du mât qui tient le bas de la grand-voile.
Gréement dormantL'ensemble des câbles fixes qui tiennent le mât : étais et haubans.
Gréement courantL'ensemble des cordages mobiles qui manœuvrent les voiles : drisses, écoutes, etc.
DrisseCordage qui sert à hisser une voile le long du mât.
ÉcouteCordage qui règle l'ouverture d'une voile (écoute de grand-voile, écoute de génois).
ÉtaiCâble du gréement dormant qui tient le mât vers l'avant ; il porte souvent la voile d'avant.
HaubanCâble du gréement dormant qui tient le mât latéralement (un à bâbord, un à tribord).
Grand-voileLa voile principale, hissée derrière le mât et tenue par la bôme.
Génois / focVoiles d'avant. Le génois est grand (il chevauche le mât) ; le foc est plus petit.
Spi (spinnaker)Grande voile légère et ballonnée pour les allures portantes (largue, vent arrière).

Le maillon entre le gréement et la sécurité, ce sont aussi les nœuds marins qui relient drisses, écoutes et amarres : un cordage ne sert à rien sans le bon nœud au bon endroit.

« En mer, un mot juste vaut mieux qu'un long geste : tout le vocabulaire marin existe pour transmettre une intention sans la moindre ambiguïté. »

Le balisage maritime

Le balisage, ce sont les bouées et marques qui jalonnent les chenaux et signalent les dangers. Le système international (IALA, région A pour l'Europe) repose sur des couleurs, des formes et des « voyants » (le petit symbole au sommet) qui se lisent d'un coup d'œil. Règle d'or des marques latérales : elles délimitent un chenal et se lisent dans le sens conventionnel de balisage — en gros, en venant du large vers le port.

MarqueCouleur / voyantSignification
Latérale bâbordRouge, voyant cylindriqueÀ laisser sur sa gauche (bâbord) en entrant dans le chenal (sens conventionnel, du large vers le port).
Latérale tribordVerte, voyant coniqueÀ laisser sur sa droite (tribord) en entrant dans le chenal.
Cardinale NordNoir au-dessus, jaune en bas ; 2 cônes pointes en hautLe danger est au sud : passez au nord de la marque.
Cardinale EstNoir-jaune-noir ; 2 cônes base contre base (en « œuf »)Le danger est à l'ouest : passez à l'est de la marque.
Cardinale SudJaune au-dessus, noir en bas ; 2 cônes pointes en basLe danger est au nord : passez au sud de la marque.
Cardinale OuestJaune-noir-jaune ; 2 cônes pointe contre pointe (« sablier »)Le danger est à l'est : passez à l'ouest de la marque.
Danger isoléNoire avec bande rouge ; 2 boules noiresMarque posée sur un danger isolé entouré d'eaux saines. On la contourne.
Eaux sainesRouge et blanc à bandes verticales ; voyant boule rougeEaux navigables tout autour (atterrissage, milieu de chenal). Pas de danger.
Marque spécialeJaune ; voyant croix de Saint-André jauneSignale une zone particulière (mouillage, câble, zone de baignade, dispositif) sans danger pour la navigation en soi.

Comment s'en servir. Pour les cardinales, on s'oriente : la marque porte le nom du côté par lequel il faut passer. Une cardinale Nord ? On passe au nord. Une cardinale Ouest ? On passe à l'ouest. Pour mémoriser les voyants, pensez aux cônes qui « pointent » vers le haut (Nord), vers le bas (Sud), et les positions de l'horloge pour Est et Ouest. Pour les latérales, retenez le couple rouge = bâbord, vert = tribord — exactement comme les côtés du bateau — en gardant à l'esprit le sens conventionnel du balisage.

La marée

La marée, c'est l'oscillation du niveau de la mer due à l'attraction de la Lune et du Soleil. La comprendre conditionne l'heure de sortie, le tirant d'eau disponible et la force des courants. Deux fois par jour environ, la mer monte puis descend.

TermeDéfinition
Vives-eauxMarées de grande amplitude (forts coefficients), quand Lune et Soleil s'alignent (pleine et nouvelle lune). La mer monte haut et descend bas.
Mortes-eauxMarées de faible amplitude (faibles coefficients), aux premier et dernier quartiers de lune. Peu de différence entre haute et basse mer.
Coefficient de maréeIndice de 20 à 120 mesurant l'amplitude de la marée. 95 et plus = vives-eaux ; 45 et moins = mortes-eaux ; 70 = marée moyenne.
Flot (montant)La phase où la mer monte, de la basse mer vers la pleine mer. Le courant de flot porte généralement vers la côte.
Jusant (descendant)La phase où la mer descend, de la pleine mer vers la basse mer. Le courant de jusant porte généralement vers le large.
ÉtaleCourt moment de calme entre flot et jusant où le niveau (et le courant) ne bouge presque plus. Étale de pleine mer, étale de basse mer.
MarnageLa différence de hauteur d'eau entre la pleine mer et la basse mer consécutives. Le marnage est fort en vives-eaux.
Heure de pleine / basse merHeures auxquelles la mer atteint son niveau maximal (PM) et minimal (BM), données par l'annuaire des marées.
Règle des douzièmesMéthode d'estimation de la hauteur d'eau heure par heure : la marée monte de 1/12, 2/12, 3/12, 3/12, 2/12, 1/12 du marnage sur les six heures. Le courant est le plus fort à mi-marée (3e et 4e heures).

Le vent & la météo

Le vent se mesure et se nomme. L'échelle de Beaufort, créée au XIXᵉ siècle, classe la force du vent de 0 (calme) à 12 (ouragan) selon son effet observable sur la mer. C'est la référence universelle des bulletins météo marine. L'unité de vitesse du marin est le nœud (1 nœud = 1 mille marin par heure ≈ 1,852 km/h).

ForceAppellationVitesse (nœuds)État de la mer
0Calme< 1Mer comme un miroir.
1Très légère brise1–3Quelques rides, pas d'écume.
2Légère brise4–6Vaguelettes courtes, crêtes vitreuses.
3Petite brise7–10Vaguelettes, quelques moutons.
4Jolie brise11–16Petites vagues, moutons nombreux.
5Bonne brise17–21Vagues modérées, embruns possibles.
6Vent frais22–27Lames, crêtes d'écume blanche partout, embruns.
7Grand frais28–33Lames déferlantes, écume en traînées dans le lit du vent.
8Coup de vent34–40Lames hautes, tourbillons d'écume, traînées marquées.
9Fort coup de vent41–47Grosses lames, déferlement violent, visibilité réduite par les embruns.
10Tempête48–55Très grosses lames, mer blanche d'écume, visibilité affectée.
11Violente tempête56–63Lames énormes, mer entièrement recouverte d'écume.
12Ouragan≥ 64Air saturé d'écume et d'embruns, visibilité quasi nulle.

Au quotidien, le marin manie aussi un vocabulaire plus fin des variations de vent :

TermeDéfinition
NœudUnité de vitesse en mer : 1 nœud = 1 mille marin/heure ≈ 1,852 km/h. Convertissez facilement vos vitesses avec notre outil.
RafaleRenforcement bref et brutal du vent, nettement plus fort que le vent moyen.
RiséeSurvente locale et passagère, visible comme une zone plus sombre et ridée sur l'eau qui s'approche du bateau.
MolleFaiblissement temporaire du vent, l'inverse d'une risée. La voile « molli » et il faut souvent abattre un peu.

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Questions fréquentes

Comment retenir bâbord et tribord ?
Le plus simple est de mémoriser les couleurs et un repère : bâbord = côté gauche = rouge ; tribord = côté droit = vert. Une astuce courante : le mot « bâbord » s'associe à « gauche » (B…au, à gauche), et l'on garde en tête que le feu rouge éclaire toujours à gauche du bateau quand on regarde vers l'avant.
C'est quoi une allure en voile ?
Une allure est l'angle que fait le bateau par rapport à la direction du vent. Des plus serrées (au près, ~45°) aux plus ouvertes (vent arrière, ~180°), chaque allure impose un réglage de voiles différent : on borde au près, on choque aux allures portantes. Le voilier ne peut pas naviguer face au vent : c'est la « zone interdite », d'environ 45° de chaque côté.
Quelle différence entre vives-eaux et mortes-eaux ?
Les vives-eaux sont des marées de grande amplitude (forts coefficients, au-delà de 95) qui surviennent aux pleines et nouvelles lunes : la mer monte très haut et descend très bas, avec des courants forts. Les mortes-eaux sont des marées de faible amplitude (coefficients sous 45), aux quartiers de lune : la mer bouge peu entre haute et basse mer.
Que signifie une bouée jaune en mer ?
Une marque entièrement jaune, surmontée d'une croix de Saint-André jaune, est une marque spéciale. Elle ne signale pas un danger pour la navigation mais une zone particulière : mouillage, zone de baignade, câble sous-marin, dispositif de mesure, zone réglementée. On en prend note sans devoir l'éviter comme un obstacle.
Force 7 sur l'échelle de Beaufort, c'est quel vent ?
La force 7 correspond à un grand frais, soit un vent de 28 à 33 nœuds (environ 50 à 61 km/h). La mer présente des lames déferlantes et l'écume forme des traînées dans le lit du vent. C'est une limite haute pour la plaisance de loisir : au-delà, on réduit fortement la voilure ou l'on reste au port.
La rédaction — Equipements-Bateaux
L'équipe d'Equipements-Bateaux décrypte l'accastillage, la sécurité et le savoir-faire du bord pour les plaisanciers, du débutant au skipper confirmé.