Changer une drisse semble réservé aux chantiers. Avec une simple ficelle de rappel et un peu de méthode, c'est une manœuvre à la portée de tout équipage soigneux.
La drisse est l'un des cordages les plus sollicités du bord : elle hisse, supporte la charge en permanence et frotte sur ses réas à chaque mouvement. Quand elle montre des signes de fatigue, beaucoup pensent qu'il faut démâter ou se hisser en tête. La bonne technique évite l'un comme l'autre, à condition de ne jamais laisser l'ancienne drisse quitter le mât avant que la nouvelle n'y soit.
Pourquoi et quand changer une drisse
Une drisse ne casse jamais sans prévenir : elle envoie des signaux. La gaine se déchire, des fibres apparaissent, des points durs se forment, ou la zone qui travaille en permanence dans le réa devient luisante et aplatie. C'est ce ragage répété, toujours au même endroit, qui finit par compromettre l'âme du cordage.
Les zones à surveiller en priorité sont :
- la portion qui passe sur le réa de tête de mât voile haute ;
- l'épissure ou le nœud de fixation sur la têtière ;
- la longueur qui frotte dans les coinceurs et les bloqueurs ;
- toute zone décolorée, raidie ou présentant une gaine ouverte.
Mieux vaut anticiper le remplacement avant un long programme plutôt que de découvrir l'usure en pleine traversée. Une drisse qui lâche, c'est une voile à terre et parfois une casse en cascade.
La méthode de la ficelle de rappel
Le principe est simple et infaillible : on utilise l'ancienne drisse comme guide pour faire passer la nouvelle dans le mât, via une ficelle intermédiaire. On commence par coudre, bout à bout, une fine tresse de mouline (la ficelle de rappel) à l'extrémité de l'ancienne drisse. On affine d'abord les deux extrémités en les dégainant légèrement, puis on les enfile l'une dans l'autre et on assure la jonction par une couture serrée, le tout lissé pour passer sans accroc dans les réas.
On retire alors doucement l'ancienne drisse par le pied de mât : elle entraîne la ficelle de rappel, qui prend sa place dans tout le circuit interne. La drisse usée est sortie, mais le chemin reste « habité » par la ficelle. On répète ensuite l'opération inverse en cousant cette ficelle à la nouvelle drisse, puis on la tire pour mettre le cordage neuf en place.
Choisir le bon cordage
Une drisse n'est pas un cordage générique. On recherche un faible allongement, pour que la voile ne s'affale pas sous charge, et une bonne résistance à l'abrasion sur les réas. Les drisses modernes associent une âme à très faible élasticité et une gaine résistante. Le diamètre se choisit selon ce que tolèrent vos coinceurs et vos réas — trop fin, il glisse dans les bloqueurs ; trop gros, il force dans le circuit.
Profitez du remplacement pour reprendre la bonne longueur : mesurez l'ancienne drisse étalée, ajoutez la marge nécessaire pour tourner au winch et au taquet, sans excès de bouts qui encombrent le pont.
Le passage dans le mât et les erreurs à éviter
Le moment délicat est le passage interne. La jonction cousue doit être la plus fine et la plus lisse possible : c'est elle qui peut coincer sur un réa ou à l'entrée des sorties de mât. On tire en douceur, sans à-coups, en gardant toujours une tension sur les deux extrémités pour ne jamais perdre le contrôle.
Les erreurs classiques sont vite arrivées : laisser partir la ficelle dans le mât, faire une jonction trop épaisse qui bloque, oublier de repérer le côté têtière, ou se précipiter par mauvais temps alors que la manœuvre se fait au calme, à quai. Prenez aussi soin de votre matelotage : entre une drisse, un mouillage et des amarres, le bon état des cordages conditionne la sécurité du bord. Pour dimensionner correctement votre ligne de mouillage, notre calculateur de mouillage vous donne la bonne longueur selon la profondeur et le vent.