Bâbord, tribord, près serré, jusant, marque cardinale, force 7… La langue de la mer a ses mots, et ils ne sont pas là pour faire joli : ils sauvent du temps, des manœuvres et parfois des vies.
Monter à bord pour la première fois, c'est un peu débarquer dans un pays étranger. Le skipper lance « choque l'écoute de génois ! », « on est au près bâbord amures », « la cardinale Sud, on la laisse à tribord » — et l'on hoche la tête sans tout comprendre. Pourtant ce vocabulaire est d'une logique implacable : chaque mot décrit une position, un angle, une couleur ou une action sans ambiguïté possible. Ce lexique marin réunit, organisés par grands thèmes et présentés en tableaux, les termes indispensables pour s'orienter à bord, comprendre les allures, exécuter les manœuvres, lire le balisage, anticiper la marée et décoder la météo. De quoi passer de passager muet à équipier qui parle la langue du bord.
S'orienter à bord
Avant tout, un repère absolu : sur un bateau, la gauche et la droite n'existent pas. On dit bâbord et tribord, et ces côtés sont fixes par rapport au navire, quel que soit le sens où l'on regarde. C'est précisément ce qui rend ces mots si utiles : un ordre reste valable même si l'équipier fait face à l'arrière.
| Terme | Définition |
|---|---|
| Bâbord | Côté gauche du bateau quand on regarde vers l'avant. Couleur conventionnelle : rouge. Feu de navigation rouge la nuit. |
| Tribord | Côté droit du bateau quand on regarde vers l'avant. Couleur conventionnelle : vert. Feu de navigation vert la nuit. |
| Proue / étrave | L'avant du bateau. L'étrave est la pièce de coque qui fend l'eau ; la proue désigne plus largement la partie avant. |
| Poupe / tableau arrière | L'arrière du bateau. Le tableau arrière est la surface plane (souvent verticale) qui ferme la coque à l'arrière. |
| Au vent | Le côté du bateau (ou la direction) d'où vient le vent. On parle de « bord au vent ». |
| Sous le vent | Le côté opposé à celui d'où vient le vent, là où le vent « s'échappe ». On dit aussi « sous le vent » pour la partie abritée. |
| Amure (bâbord / tribord) | Le côté d'où vient le vent par rapport au bateau. « Bâbord amures » : le vent vient de bâbord, les voiles sont à tribord. C'est l'amure qui détermine la priorité entre voiliers. |
Le moyen mnémotechnique le plus connu : « Batterie » ne marche pas, retenez plutôt que BÂBORD contient un accent et que le mot « bâbord » comme « gauche » est plus long — ou, le plus simple, l'astuce des lettres : Bâbord à gauche. Autre repère classique : « tribord » et « droite » ont… le même nombre de lettres n'est pas fiable, alors retenez surtout les couleurs : rouge à bâbord (R comme rouge, à gauche), vert à tribord.
Les allures de voile
L'allure, c'est l'angle du bateau par rapport à la direction du vent. Tout l'art de la voile consiste à régler ses voiles selon l'allure pour avancer efficacement. Un voilier ne peut pas remonter droit dans le vent : il existe une zone interdite, d'environ 45° de part et d'autre du lit du vent, où les voiles faseyent (claquent) et le bateau s'arrête. Pour gagner au vent, on louvoie en zigzag.
| Allure | Angle au vent (approx.) | Description |
|---|---|---|
| Vent debout | 0° à ~45° | Zone interdite : le vent vient pile de l'avant, les voiles faseyent, le bateau n'avance pas. On dit « être dans le lit du vent ». |
| Au près (serré) | ~45° | L'allure la plus proche du vent où le bateau avance. Voiles bordées au maximum. Le près serré « pince » le vent. |
| Bon plein | ~50–60° | Un près légèrement ouvert, plus confortable et souvent plus rapide que le près serré. |
| Travers (vent de travers) | ~90° | Le vent vient perpendiculairement au bateau. Allure rapide et équilibrée, voiles à mi-bordées. |
| Largue | ~110–120° | Le vent vient de l'arrière du travers. Voiles bien ouvertes. Allure souvent la plus rapide et agréable. |
| Grand largue | ~135–150° | Le vent vient nettement de l'arrière, à environ trois quarts arrière. Voiles très ouvertes. |
| Vent arrière | ~180° | Le vent vient pile de l'arrière. On peut « tanguer » et il faut surveiller l'empannage. Spi ou voiles en ciseaux. |
Pour passer d'un bord à l'autre, deux manœuvres existent selon l'allure : virer de bord (l'avant du bateau passe dans le lit du vent, manœuvre aux allures de près) et empanner (l'arrière passe dans le lit du vent, manœuvre au largue et vent arrière, plus brutale car la bôme traverse vivement).
Les manœuvres
Les ordres de manœuvre forment le langage actif du bord. Les connaître permet de réagir vite et juste quand le skipper donne un ordre, surtout par mer formée.
| Terme | Définition |
|---|---|
| Virer de bord | Changer d'amure en faisant passer l'étrave dans le lit du vent. Le bateau passe de bâbord à tribord amures (ou inversement). On annonce « paré à virer ? » puis « on vire ! ». |
| Lof pour lof | Synonyme d'empannage contrôlé : changer d'amure en passant l'arrière par le lit du vent, le vent venant de l'arrière. |
| Empanner | Changer d'amure en faisant passer l'arrière du bateau dans le lit du vent. La bôme traverse d'un bord à l'autre : à contrôler impérativement pour éviter l'empannage sauvage. |
| Lofer | Rapprocher l'étrave du lit du vent (remonter au vent). Le bateau « monte » dans le vent. |
| Abattre | Éloigner l'étrave du lit du vent (descendre sous le vent). Inverse de lofer. |
| Border | Reprendre une écoute pour rapprocher la voile de l'axe du bateau (la « fermer »). On borde au près. |
| Choquer | Relâcher une écoute pour éloigner la voile de l'axe (l'« ouvrir »). On choque aux allures portantes. |
| Ariser / prendre un ris | Réduire la surface de la grand-voile en repliant sa partie basse, par vent fort. On dit « prendre un ris ». L'opération inverse est « larguer un ris ». |
| Envoyer / affaler | Envoyer = hisser une voile. Affaler = descendre une voile. On envoie la grand-voile, on affale le spi. |
| Étarquer | Tendre fortement une drisse ou une voile pour la raidir et lui donner sa bonne forme. |
Les parties du bateau & le gréement
Connaître le nom des pièces, c'est comprendre les ordres et les réglages. On distingue la coque et ses appendices d'un côté, le gréement (mâture, câblage, voiles, cordages) de l'autre.
| Terme | Définition |
|---|---|
| Coque | Le corps flottant du bateau, ce qui contient l'air et repousse l'eau. |
| Quille | Appendice lesté sous la coque qui empêche le bateau de dériver et le maintient droit (contrepoids à la gîte). |
| Safran | La partie immergée du gouvernail : la « pale » qui dévie l'eau pour faire tourner le bateau. |
| Barre | Ce que l'on tient pour diriger : barre franche (levier) ou barre à roue. Reliée au safran. |
| Pont | La surface horizontale qui ferme la coque par le dessus, sur laquelle on circule. |
| Cockpit | Le poste de pilotage en creux à l'arrière, d'où l'on barre et règle les voiles. |
| Mât | Le grand espar vertical qui porte les voiles. |
| Bôme | L'espar horizontal articulé au pied du mât qui tient le bas de la grand-voile. |
| Gréement dormant | L'ensemble des câbles fixes qui tiennent le mât : étais et haubans. |
| Gréement courant | L'ensemble des cordages mobiles qui manœuvrent les voiles : drisses, écoutes, etc. |
| Drisse | Cordage qui sert à hisser une voile le long du mât. |
| Écoute | Cordage qui règle l'ouverture d'une voile (écoute de grand-voile, écoute de génois). |
| Étai | Câble du gréement dormant qui tient le mât vers l'avant ; il porte souvent la voile d'avant. |
| Hauban | Câble du gréement dormant qui tient le mât latéralement (un à bâbord, un à tribord). |
| Grand-voile | La voile principale, hissée derrière le mât et tenue par la bôme. |
| Génois / foc | Voiles d'avant. Le génois est grand (il chevauche le mât) ; le foc est plus petit. |
| Spi (spinnaker) | Grande voile légère et ballonnée pour les allures portantes (largue, vent arrière). |
Le maillon entre le gréement et la sécurité, ce sont aussi les nœuds marins qui relient drisses, écoutes et amarres : un cordage ne sert à rien sans le bon nœud au bon endroit.
Le balisage maritime
Le balisage, ce sont les bouées et marques qui jalonnent les chenaux et signalent les dangers. Le système international (IALA, région A pour l'Europe) repose sur des couleurs, des formes et des « voyants » (le petit symbole au sommet) qui se lisent d'un coup d'œil. Règle d'or des marques latérales : elles délimitent un chenal et se lisent dans le sens conventionnel de balisage — en gros, en venant du large vers le port.
| Marque | Couleur / voyant | Signification |
|---|---|---|
| Latérale bâbord | Rouge, voyant cylindrique | À laisser sur sa gauche (bâbord) en entrant dans le chenal (sens conventionnel, du large vers le port). |
| Latérale tribord | Verte, voyant conique | À laisser sur sa droite (tribord) en entrant dans le chenal. |
| Cardinale Nord | Noir au-dessus, jaune en bas ; 2 cônes pointes en haut | Le danger est au sud : passez au nord de la marque. |
| Cardinale Est | Noir-jaune-noir ; 2 cônes base contre base (en « œuf ») | Le danger est à l'ouest : passez à l'est de la marque. |
| Cardinale Sud | Jaune au-dessus, noir en bas ; 2 cônes pointes en bas | Le danger est au nord : passez au sud de la marque. |
| Cardinale Ouest | Jaune-noir-jaune ; 2 cônes pointe contre pointe (« sablier ») | Le danger est à l'est : passez à l'ouest de la marque. |
| Danger isolé | Noire avec bande rouge ; 2 boules noires | Marque posée sur un danger isolé entouré d'eaux saines. On la contourne. |
| Eaux saines | Rouge et blanc à bandes verticales ; voyant boule rouge | Eaux navigables tout autour (atterrissage, milieu de chenal). Pas de danger. |
| Marque spéciale | Jaune ; voyant croix de Saint-André jaune | Signale une zone particulière (mouillage, câble, zone de baignade, dispositif) sans danger pour la navigation en soi. |
Comment s'en servir. Pour les cardinales, on s'oriente : la marque porte le nom du côté par lequel il faut passer. Une cardinale Nord ? On passe au nord. Une cardinale Ouest ? On passe à l'ouest. Pour mémoriser les voyants, pensez aux cônes qui « pointent » vers le haut (Nord), vers le bas (Sud), et les positions de l'horloge pour Est et Ouest. Pour les latérales, retenez le couple rouge = bâbord, vert = tribord — exactement comme les côtés du bateau — en gardant à l'esprit le sens conventionnel du balisage.
La marée
La marée, c'est l'oscillation du niveau de la mer due à l'attraction de la Lune et du Soleil. La comprendre conditionne l'heure de sortie, le tirant d'eau disponible et la force des courants. Deux fois par jour environ, la mer monte puis descend.
| Terme | Définition |
|---|---|
| Vives-eaux | Marées de grande amplitude (forts coefficients), quand Lune et Soleil s'alignent (pleine et nouvelle lune). La mer monte haut et descend bas. |
| Mortes-eaux | Marées de faible amplitude (faibles coefficients), aux premier et dernier quartiers de lune. Peu de différence entre haute et basse mer. |
| Coefficient de marée | Indice de 20 à 120 mesurant l'amplitude de la marée. 95 et plus = vives-eaux ; 45 et moins = mortes-eaux ; 70 = marée moyenne. |
| Flot (montant) | La phase où la mer monte, de la basse mer vers la pleine mer. Le courant de flot porte généralement vers la côte. |
| Jusant (descendant) | La phase où la mer descend, de la pleine mer vers la basse mer. Le courant de jusant porte généralement vers le large. |
| Étale | Court moment de calme entre flot et jusant où le niveau (et le courant) ne bouge presque plus. Étale de pleine mer, étale de basse mer. |
| Marnage | La différence de hauteur d'eau entre la pleine mer et la basse mer consécutives. Le marnage est fort en vives-eaux. |
| Heure de pleine / basse mer | Heures auxquelles la mer atteint son niveau maximal (PM) et minimal (BM), données par l'annuaire des marées. |
| Règle des douzièmes | Méthode d'estimation de la hauteur d'eau heure par heure : la marée monte de 1/12, 2/12, 3/12, 3/12, 2/12, 1/12 du marnage sur les six heures. Le courant est le plus fort à mi-marée (3e et 4e heures). |
Le vent & la météo
Le vent se mesure et se nomme. L'échelle de Beaufort, créée au XIXᵉ siècle, classe la force du vent de 0 (calme) à 12 (ouragan) selon son effet observable sur la mer. C'est la référence universelle des bulletins météo marine. L'unité de vitesse du marin est le nœud (1 nœud = 1 mille marin par heure ≈ 1,852 km/h).
| Force | Appellation | Vitesse (nœuds) | État de la mer |
|---|---|---|---|
| 0 | Calme | < 1 | Mer comme un miroir. |
| 1 | Très légère brise | 1–3 | Quelques rides, pas d'écume. |
| 2 | Légère brise | 4–6 | Vaguelettes courtes, crêtes vitreuses. |
| 3 | Petite brise | 7–10 | Vaguelettes, quelques moutons. |
| 4 | Jolie brise | 11–16 | Petites vagues, moutons nombreux. |
| 5 | Bonne brise | 17–21 | Vagues modérées, embruns possibles. |
| 6 | Vent frais | 22–27 | Lames, crêtes d'écume blanche partout, embruns. |
| 7 | Grand frais | 28–33 | Lames déferlantes, écume en traînées dans le lit du vent. |
| 8 | Coup de vent | 34–40 | Lames hautes, tourbillons d'écume, traînées marquées. |
| 9 | Fort coup de vent | 41–47 | Grosses lames, déferlement violent, visibilité réduite par les embruns. |
| 10 | Tempête | 48–55 | Très grosses lames, mer blanche d'écume, visibilité affectée. |
| 11 | Violente tempête | 56–63 | Lames énormes, mer entièrement recouverte d'écume. |
| 12 | Ouragan | ≥ 64 | Air saturé d'écume et d'embruns, visibilité quasi nulle. |
Au quotidien, le marin manie aussi un vocabulaire plus fin des variations de vent :
| Terme | Définition |
|---|---|
| Nœud | Unité de vitesse en mer : 1 nœud = 1 mille marin/heure ≈ 1,852 km/h. Convertissez facilement vos vitesses avec notre outil. |
| Rafale | Renforcement bref et brutal du vent, nettement plus fort que le vent moyen. |
| Risée | Survente locale et passagère, visible comme une zone plus sombre et ridée sur l'eau qui s'approche du bateau. |
| Molle | Faiblissement temporaire du vent, l'inverse d'une risée. La voile « molli » et il faut souvent abattre un peu. |
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